ACOUPHENES
Concernant les publications grand public au sujet des traitements des acouphènes, je constate qu'il n'est jamais fait part de l'EMDR. Encore cette semaine dans "Match", un médecin témoigne . Il affirme que les acouphènes ne sont jamais d'origine psychologique.
Effectivement il existe une multitude de raisons de présenter des acouphènes.
Mais la cause psychosomatique n'est pas à rejeter.
Il ne se passe pas un jour sans que mes patients évoquent le caractère psychosomatique de leurs troubles. Nous vivons dans un environnement matériel
biophysicochimique, affectif ou socio-professionnel auquel pour faire face , à tout instant, le corps réagit et essaie de s'adapter .
Ce qui compte , c'est la façon dont nous appréhendons les évènements et l’environnement.
Face à un évènement , chaque personne réagit en fonction de l'environnement extérieur et des ses capacités intérieures.
Un exemple tout bête: Il fait
froid .
L'adaptation au froid, d'un individu à l'autre sera différente selon son habillement, le caractère humide ou sec de l'atmosphère, sa fatigue, ses expériences passées dans les mêmes circonstances, selon s'il est seul ou en compagnie, selon s'il a l'estomac vide ou plein, s’il a pris de l’alcool, selon si petit, sa mère le couvait ou si son père lui faisait endurer le froid, selon si lui même s'entraîne à supporter des températures de plus en plus froides en vue d'une compétition de ski, selon s'il est né dans le Nord ou dans un pays chaud, selon ses données internes psycho-affectives, sociales, politiques, spirituelles.
Les symptômes du corps , sont le reflet de la sensorialité et la sensibilité propre à chacun.
Le nier est pour moi une erreur
. Lorsque les acouphènes apparaissent après un évènement précis : décès, accident, séparation, mise à la retraite, harcèlement dans le travail, comment peut-on affirmer que le déclenchement des
acouphènes n'est pas psychologique?
En général ce que je propose au patient en psychosomatique c'est de retrouver les situations les plus difficiles de sa vie : celles en lien avec l’acouphène, mais pas seulement.
Il n’est pas difficile de comprendre qu’en période de stress, les acouphènes sont plus difficiles à supporter que lorsque tout va bien. Le stress est défini comme un trouble de l’adaptation aux changements de la vie. Ça, plus ça ,plus ça ….et le corps répond par un symptôme. Trop, c’est trop ! Le pire est que si la signification de ce symptôme n’est pas comprise, il augmente et s’aggrave.
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Alors que va-t-on traiter en médecine ?
Réponse : Le symptôme , la maladie!
Que va-t-on traiter en psychosomatique ?
Réponse : Ce qui ne va pas dans la vie (passée, présente et à venir).
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La plupart du temps ,la signification du symptôme une fois comprise, ce dernier va disparaître.S’il ne disparaît pas, se poser la question de la gravité de l’origine du symptôme et des autres troubles associés. Il est possible que cette personne soit victime de stress post-traumatique
Par exemple
Une personne commerciale dans une grande entreprise souffre d’acouphènes. Elle ne présente pas obligatoirement une surdité, mais cela arrive. Malgré des études brillantes, elle ne rêve que de rester chez elle pour s’occuper de son bébé. La famille , les chères amies , lui déconseillent de s’arrêter de travailler. « Tout de même , avec toutes les études que tu as suivies » , « avec tout l’agent qu’on a dépensé pour te faire entrer dans ton école de commerce, tu ne vas pas abandonner ! » rajoutent les parents, et la maison, la voiture, la chaîne stéréo dernier cri à payer…, et mon autonomie pense-t-elle. Si mon mari me quitte , il faut bien que je travaille. Progressivement apparaissent des malaises en voiture et une phobie de la conduite automobile.
Toutes les femmes dans la même situation ( études brillantes, mari, enfants, situation commerciale enviable avec des responsabilités et présentant des acouphènes) ne gardent pas leur symptôme éternellement (malgré tous les traitements dont les thérapies comportementales et cognitives suggérées et efficaces la plupart du temps).
Un interrogatoire particulier et précis permet de mettre en évidence cette forme de stress dont on ne se remet pas facilement et qui persiste au delà de ce qui est habituellement constaté. Il s’agit du stress post-traumatique.
Cette femme a dans un premier temps avorté parce que son partenaire n’était pas prêt à accepter un enfant, et elle n’avait pas terminé ses études. Elle n’en avait parlé à personne. Elle se souvient que son propre père l’a accompagnée à la clinique et que les réflexions du personnel médical l’ont culpabilisée.
EMDR (Eyes Movment desenzitisation and retraitment)
La thérapie en EMDR s’intègre dans un plan thérapeutique dont elle augmente l’efficacité. Elle désensibilise les souvenirs traumatiques, l’anxiété, la dépression et tous les désordres conséquences du stress post-traumatique ( accidents graves, deuils, violences subies dans l’enfance ou à l’âge adulte, harcèlement dans le travail ou la famille). Une expérience traumatique grave, provoque l’interruption du fonctionnement normal de la fonction neurologique. Le trauma n’est ainsi pas assimilé. Le fondateur de la thérapie EMDR est Francine Shapiro, primée aux USA pour ses récherches en 1994.
Pour en revenir à notre patiente, la situation concernant son avortement lui revient souvent en flash-back, avec toujours autant d’émotions . Elle pourra être traitée en EMDR tant au niveau émotionnel que cognitif (croyances vis à vis d’elle-même : « je suis une criminelle »). En fin de séance d’ EMDR , les émotions ont disparu lorsqu’elle elle repense à son avortement. La croyance positive cette fois, vis à vis d’elle-même est à son maximum ( « j’ai fait du mieux que j’ai pu »).
La question sera posée : « Et vos acouphènes ? » . Elle répondra comme pour la plupart des patients : « ce n’est pas important ». Soit les acouphènes disparaîtront, soit elle n’en souffrira plus car en fait sa souffrance était ailleurs.
La phobie de la conduite était liée à l’abandon du premier petit ami alors qu’elle était enceinte. Elle a dû se faire avorter compte-tenu de son jeune âge, de ses études et de la pression familiale . De plus ce petit ami l’a quittée pour rejoindre une autre femme. Une nouvelle grossesse avec son mari, l’a fragilisée réveillant son sentiment d’abandon et la crainte d’être trompée de nouveau et de quitter la maison. La conduite automobile est devenue angoissante car elle l’éloignait de sa sécurité : sa maison, son mari et son bébé. L’EMDR a permis de la guérir de ses angoisses et, tranquillisée, elle a repris la route et d’autres études mieux adaptées à sa personnalité.
Quant aux acouphènes , depuis longtemps ils n’étaient plus évoqués !

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